PhotoTrending

Haïti à l’ère du numérique : entre enjeu touristique et responsabilité d’image

Spread the love

 C’est un travail hautement louable qui mérite de la reconnaissance et devrait être soutenu et enrichi par les compatriotes en Haïti comme dans la diaspora. Cette campagne représente un enjeu majeur, en particulier dans le contexte de la spécialisation des économies insulaires. Alors que les pays industrialisés se taillent la part du lion dans les échanges internationaux notamment par la productivité de leur industrie, l’exotisme offre une compensation à la dévaluation des termes de l’échange que les touristes recherchent. En plus du développement des infrastructures, une presse positive et influente devient un élément essentiel pour promouvoir une destination touristique et attirer des devises étrangères.

Toutefois, les images qui sont mises en avant sur les principaux moteurs de recherche sont dégradantes et ne reflètent ni la richesse ni la beauté du pays. On ne peut se demander s’il s’agit d’une action délibérée ou d’un dysfonctionnement de l’algorithme de ces plateformes numériques. Pour s’en faire une idée, il suffit de saisir “Haïti” ou le nom d’une ville haïtienne dans la barre de recherche de ces plateformes pour constater que les pires images apparaissent en première page. En comparaison avec d’autres pays qui traversent des moments difficiles, les similitudes ne sont pas apparentes. Depuis plus de dix ans, les images du séisme montrant des bâtiments détruits persistent sur internet. Pour compléter le tableau, apparaissent les exhibitions des gangs armés ou des pneus enflammés lors des manifestations de rue. Pourtant, pour d’autres pays en guerre ou ayant récemment subi des tremblements de terre, ou confrontés à ces situations exceptionnelles, ce sont principalement les monuments historiques, les plages et les hôtels qui sont mis en avant.

Haïti est l’un des pays qui attire le plus d’organisations non gouvernementales (ONG) étrangères. Il semble que le fonds de commerce de ces établissements soit tout ce qui est anormal ou constitue une exception. Alors que les responsables de la plupart de ces ONG profitent des belles plages, de la gastronomie haïtienne et des suites luxueuses ; les rapports et les images qu’ils publient ne montrent que la misère, l’incurie, la détresse, l’indigence. On y voit des enfants malnutris, des familles mal logées, des récoltes dévastées par sécheresse, des hommes armés, des bâtiments détruits, etc. Ils mettent en avant tout ce qui leur permet de collecter des fonds sur la souffrance et la misère du peuple, même au détriment de l’image du pays et des efforts d’autres organismes qui agissent dignement pour mettre en avant le potentiel du pays.

Certains médias haïtiens, peut-être inconsciemment, se prêtent à ce jeu perfide. Il semble que pour attirer l’attention et obtenir de l’audience, ils privilégient le sensationnel, le brutal et le dégradant en matière d’images. Avec l’avènement des médias en ligne, où n’importe qui peut s’improviser journaliste sans en maîtriser les ficelles et les responsabilités liées au métier, la situation empire. En l’absence de réglementation, de contrôle et d’encadrement de de cette réalité nouvelle, la promesse de la libre expression s’en trouvera dévoyée. La problématique n’est plus seulement la liberté d’expression, mais plutôt l’absence de limites. Dans ce secteur non encadré, tout le monde cherche à faire le « buzz », mesuré par le nombre de « likes » à obtenir. Depuis que certaines plateformes permettent de monétiser les contenus, l’offre et la demande ont explosé. Récemment, une pétition signée par plusieurs Haïtiens courageux a poussé la plateforme YouTube à fermer le compte d’un puissant chef de gang. Cependant, l’effort n’a pas été poussé jusqu’à nettoyer la toile de tous ceux qui promeuvent la violence, le commerce du sexe et tout ce qui est nuisible à la société.

Pour s’enfoncer encore plus dans l’indignité et l’abjection, certains n’hésitent même pas à partager des contenus sans respect de la vie privée des gens. Des photos de malheureuses victimes de viols, d’assassinats et de décès circulent sur les réseaux. Un simple détour sur la plateforme YouTube peut vous en donner un aperçu, avec des titres accrocheurs pour attirer la curiosité. Ironiquement, ceux qui critiquent le traitement similaire subi ailleurs ne se rendent pas compte que leur propre comportement contribue pleinement à ce problème et sabote les efforts de nombreuses associations et personnalités qui souhaitent promouvoir la culture et l’histoire du pays. Pour un Haïtien à l’étranger, il est devenu un véritable défi de parler de son pays. Les interlocuteurs qui aimeraient en apprendre davantage sur la culture, voire envisager de visiter le pays de leur collègue haïtien, découvrent l’horreur sur internet. Avec une vision occidentale, il leur est difficile de comprendre ce qu’ils voient. Certains engagent une conversation ouverte avec un Haïtien pour mieux comprendre l’absurdité de leurs recherches, tandis que d’autres en tirent simplement des conclusions hâtives.

En conclusion, il est indéniable que la représentation d’Haïti sur les plateformes numériques et les médias pose un défi majeur. D’un côté, des individus dévoués et des amis d’Haïti font un travail admirable pour partager la richesse et la beauté de ce pays sur les réseaux sociaux et les sites web, contribuant ainsi à sa promotion touristique et économique. Cependant, l’envers de cette médaille est sombre : les algorithmes des moteurs de recherche semblent privilégier des images dégradantes qui ne reflètent pas la réalité du pays. De plus, certaines ONG étrangères, médias, et même des individus mal intentionnés, exploitent la misère et le sensationnel pour collecter des fonds, ternissant ainsi l’image d’Haïti à l’international.

Le besoin de réglementation, de contrôle, et d’encadrement dans ce domaine est devenu crucial pour rétablir un équilibre entre la liberté d’expression et le respect des limites éthiques. La viralité des médias en ligne et la monétisation des contenus ont exacerbé le problème, encourageant une course au sensationnel au détriment de la vérité et du respect de la vie privée. Il est temps de prendre des mesures pour préserver l’intégrité de la réputation d’Haïti et mettre en lumière son patrimoine culturel et historique. Les Haïtiens, tant dans leur pays d’origine que dans la diaspora, ont la responsabilité de contribuer à cette transformation en promouvant activement une image positive et authentique d’Haïti. En encourageant la diffusion de contenus culturels, artistiques, et historiques, ils peuvent jouer un rôle essentiel dans la correction des distorsions actuelles. Il est également impératif que les plateformes numériques et les médias internationaux assument leur responsabilité sociale en promouvant une représentation équilibrée et respectueuse d’Haïti.

Related posts
EconomicsPhoto

Que Savez vous du PAP Jazz?

Spread the love Le Festival international de jazz de Port-au-Prince, également connu sous le nom de…
Read more
Bulletin d'information
Devenez un fan de Yelo Ayiti

Abonnez-vous au bulletin quotidien  et recevez le meilleur de Yelo Ayiti, adapté à vos besoins.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *