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Le monde a-t-il vraiment changé après la pandémie de COVID-19?

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Dans leur livre Le monde d’après. Les conséquences de la COVID-19 sur les relations internationales, publié cette semaine, ces chercheurs ont cherché à comprendre si la crise de COVID-19 a provoqué des changements profonds au niveau de la santé, de l’économie, des relations internationales et de la société.

Frédéric Mérand, professeur et directeur du Département de science politique de l’Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche en éthique, répond aux questions.

La pandémie a-t-elle bouleversé le monde autant qu’on le pensait?

C’est quand même énorme, ce qui s’est produit en 2020. On peut dire que c’est le premier fait social total global; c’est la première fois dans l’histoire qu’on a un phénomène qui affecte presque toutes les dimensions de la vie humaine, tous les continents, toutes les classes sociales. Personne n’a échappé à l’emprise de cette pandémie.

Est-ce que nous sommes sortis de cette crise en meilleure posture?

Lorsqu’on a commencé à écrire en avril 2020, chez les chercheurs, il y avait plus d’optimisme.

Non, le monde d’après ne va pas mieux que le monde d’avant, si on peut résumer cela. Le bilan est globalement négatif. Je crois qu’il y a très peu de leçons qui ont été tirées à propos de la vulnérabilité de tous et de toutes.

Mais pourtant, vous écrivez que souvent les crises ont été à la source d’innovations en matière de coopération et de solidarité internationale. Mais pas pour la COVID-19. Que s’est-il passé?

On croyait que la pandémie serait une preuve que la solidarité internationale peut fonctionner. Et là, ce n’est pas du tout ce qu’on observe. Le bilan est vraiment catastrophique de ce point de vue. C’est difficile de trouver de bons exemples de coopération internationale.

On n’a pas vu beaucoup de solidarité pendant la pandémie, ni à l’intérieur des États ni à l’extérieur des États.

Si on pense à la diplomatie vaccinale, elle s’est faite sur la force des blocs : les Chinois et les États-Unis ont donné des vaccins à leurs alliés. Ce n’est pas ce qu’on appellerait de la solidarité, mais plutôt des rivalités géopolitiques.

De petits mécanismes de solidarité, comme le programme COVAX, ont été mis en place, mais c’est plutôt un constat d’échec. Ça n’a pas été un grand élan de solidarité et on ne peut pas dire que ça a laissé des traces.

En matière de relations internationales, il y a beaucoup d’accélération de tendances.

La pandémie est arrivée à un moment particulier : la fin de 40 années de pax americana, d’unipolarité américaine. L’édifice des relations internationales commençait à se fissurer. Et là, la pandémie amène tous les États à se replier sur eux-mêmes. Ce n’était pas un contexte favorable et la pandémie a contribué à cet effritement.

Par exemple, la rivalité entre la Chine et les États-Unis existait déjà, on la voyait monter depuis plusieurs années. Mais elle a pris un tournant pendant la pandémie et ça continue d’être le cas. Ces deux pays ne se sont pas encore rétablis des décisions qu’ils ont prises en 2020. Ils ont voulu gérer cette crise en la politisant et en disant que c’est la faute de l’autre.

Les pays ont voulu faire disparaître le problème de la COVID-19 au niveau national en fermant les frontières. C’était la pire chose à faire, même si c’est compréhensible. Et cette chose, on continue à la faire.

Encore en 2023, on est dans un monde qui accentue le traitement exclusivement national des problèmes, pas seulement en fermant les frontières, mais en ne coopérant pas les uns avec les autres.

Cet effritement de la coopération internationale a-t-il un impact à d’autres niveaux?

Le meilleur exemple, c’est la coopération en matière de lutte contre les changements climatiques. Essentiellement, on a réduit nos GES en 2020 à cause des confinements. Les gens disaient à l’époque que c’est la preuve que, si on veut vraiment, on est capables de diminuer nos émissions. On avait espoir en 2020 que ça relancerait les discussions climatiques.

Mais l’agenda climatique a été tassé par la reprise économique que tout le monde voulait pour sortir de la crise de 2020 et qui s’est faite au détriment de l’environnement.

C’est une catastrophe incontestable. La solution trouvée a été de consommer, de produire, de polluer davantage. On a non seulement rattrapé toutes les émissions qu’on avait réduites, mais on a même dépassé les niveaux antérieurs. Les gens voulaient tellement passer à l’étape d’après…

On peut lire dans l’ouvrage que la pandémie a provoqué l’éclatement des convictions les plus profondes en matière de politique fiscale. Qu’est-ce que cette crise a révélé?

Le fait qu’il y a eu des dépenses publiques aussi rapides et aussi importantes, personne ne pensait que ça pouvait se faire.

Bien sûr, les dépenses ne sont pas restées au même niveau, mais ça montre une possibilité qu’on avait peut-être oubliée : que dans des moments de grandes crises, l’État peut mobiliser des ressources très considérables.

Dans les pays occidentaux, comme on n’avait pas connu de grande guerre depuis 70 ans, on avait oublié ce que fait un État : ça fait des dépenses majeures. La pandémie nous a rappelé que c’était quelque chose de possible.

Il y a eu un changement de paradigme sur ce que la politique peut faire. C’est un peu comparable aux grandes guerres. C’est une des choses où il y a eu un changement réel.

Pendant la pandémie on a aussi vu les vulnérabilités, les injustices, des choses qu’on ne voulait pas trop avoir avant. Ç’a été révélé et aggravé pendant la pandémie.

L’État a mis en place des instruments pour que personne ne soit laissé sur le carreau dans les sociétés riches, mais pas dans les sociétés pauvres. On a vu que si tu as le bon passeport, la bonne citoyenneté, si tu as une maison pour te protéger ou si tu vis dans un pays avec des politiques de protection, c’est crucial.

Les inégalités ne sont pas apparues avec la COVID, mais la discussion sur les inégalités est plus sophistiquée maintenant.

La pandémie a-t-elle accentué la tension entre le libre-échange et le protectionnisme?

Là où le changement est devenu plus pérenne, c’est en matière de politique commerciale. Depuis les 40 dernières années, c’était le libre-échangisme qui dominait; les chaînes de valeur étaient devenues globales. On était habitués à acheter des produits dans neuf pays différents, sur trois continents.

Ça n’a pas disparu, mais il y a eu une prise de conscience sur la vulnérabilité des sociétés avec la chaîne d’approvisionnement.

Et là, on voit tous les États dans le monde qui essaient de rétablir leur souveraineté, de s’assurer qu’ils sont capables de subvenir le plus possible à leurs besoins en cas d’urgence.

Ça veut donc dire une montée du protectionnisme, le retour de la politique industrielle, soit le fait d’investir dans les industries nationales, ce qui était un tabou depuis plusieurs décennies.

Est-ce qu’il est encore possible d’améliorer le monde d’après? Ou avons-nous perdu le momentum?

Il y avait des espoirs en 2020. La plupart sont déçus au moment où on se parle.

Il y aurait pu avoir un momentum en 2022, quand les sociétés essayaient de se reconstruire, de redéfinir les relations internationales, mais ce momentum a été arrêté net par la guerre en Ukraine – qui n’a rien à voir avec la pandémie. On n’a pas eu le temps de reconstruire les relations internationales depuis la pandémie.

Cette guerre a fait en sorte que la coopération internationale en ce moment est au point mort.

Pour nous, en écrivant ce livre, ç’a été une gigantesque thérapie collective. Mais il n’y a pas eu d’exercice de réflexion au niveau national ou international. Est-ce que c’est parce que les gens n’avaient pas le temps? Ou parce que la situation des relations internationales était suffisamment dégradée pour que personne ne veuille participer à la discussion?

Pour que cette discussion ait lieu, il faut que les États-Unis et la Chine acceptent de s’asseoir et de parler ensemble. Mais les relations sont plutôt froides et ça empêche cet exercice.

Beaucoup de ces questions sont peut-être considérées par les citoyens comme des idées éloignées de ce qu’ils peuvent influencer : la réforme de la gouvernance mondiale ou de la politique monétaire et budgétaire et de la coordination entre les États.

Mais c’est quand même important de les comprendre parce que toutes ces politiques sont menées par les gouvernements qu’on a élus. On a un impact réel, même si ça peut paraître lointain.

La Fédération internationale avertit que le monde n’est pas prêt à affronter la prochaine pandémie

GENÈVE, le 30 janvier 2023 — Aucun tremblement de terre, aucun épisode de sécheresse, aucun ouragan jamais enregistré dans l’histoire n’a coûté plus de vies que la pandémie de Covid-19, selon la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (Fédération internationale), le plus grand réseau d’intervention face aux catastrophes dans le monde. Le nombre choquant de morts, estimé à plus de 6,5 millions, a incité cette organisation humanitaire à examiner comment les pays peuvent se préparer à la prochaine urgence sanitaire mondiale.

Deux rapports majeurs publiés par la Fédération internationale aujourd’hui, le Rapport sur les catastrophes dans le monde et Tout le monde compte, détaillent les défis et réussites de ces trois dernières années et formulent des recommandations à l’intention des dirigeants quant à la façon d’atténuer les tragédies de cette ampleur à l’avenir.

Jagan Chapagain, secrétaire général de la Fédération internationale, précise :

« La pandémie de Covid-19 devrait être un signal d’alarme poussant la communauté internationale à se préparer dès maintenant aux prochaines crises sanitaires. Les recommandations que nous adressons aux dirigeants du monde entier sont axées sur l’instauration de la confiance, la lutte contre les inégalités et la sollicitation des acteurs locaux et des communautés pour sauver des vies. La prochaine pandémie pourrait être imminente ; après l’expérience du Covid-19, il faut absolument accélérer nos efforts en matière de préparation. »

Ces trois dernières années, le réseau de la Fédération internationale a aidé plus de 1,1 milliard de personnes à se protéger du virus. Durant cette période, un thème est régulièrement ressorti : l’importance de la confiance. Lorsque les gens se fiaient aux messages de sécurité, ils étaient enclins à respecter les mesures de santé publique — même si parfois, cela les séparait de leurs proches — afin de ralentir la propagation de la maladie et de sauver des vies. De même, si on a pu vacciner des millions de personnes en un temps record, c’est parce que la plupart d’entre elles faisaient confiance aux vaccins, considérés comme sûrs et efficaces.

Nous ne pouvons pas attendre la prochaine crise pour bâtir la confiance. Celle-ci doit être cultivée grâce à une communication authentique et réciproque, la proximité et un soutien constant dans le temps.

Au cours de leur travail, les équipes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont montré combien la pandémie avait à la fois favorisé et exacerbé les inégalités. Les mauvaises conditions d’hygiène, le surpeuplement, le manque d’accès aux services sanitaires et sociaux et la malnutrition créent des conditions propices à une propagation plus rapide et plus étendue des maladies. Nous devons impérativement nous attaquer aux vulnérabilités en matière de santé et aux vulnérabilités socio-économique bien en amont de la prochaine crise.

Dans son rapport Tout le monde compte — pour lequel les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de presque tous les pays au monde ont été interrogées — la Fédération internationale montre que si les équipes ont pu réagir rapidement face à la pandémie, c’est parce qu’elles étaient déjà présentes dans les communautés et que nombre d’entre elles menaient déjà des activités de préparation, avaient de l’expérience dans la riposte aux épidémies et étaient de solides auxiliaires des autorités locales.

« Les organisations ancrées dans les communautés font partie intégrante de la préparation et de la riposte aux pandémies. Les acteurs locaux et les communautés, en tant qu’intervenants de première ligne, ont des rôles distincts mais tout aussi importants à jouer à toutes les étapes de la gestion d’une flambée de maladie. Leurs connaissances locales doivent être exploitées pour accroître la confiance, l’accès aux services et la résilience », déclare M. Chapagain.

« Ces trois années ont été brutales, mais nous publions ces études et formulons ces recommandations dans un geste d’espoir : celui que la communauté internationale puisse tirer des enseignements de cette tragédie et d’en tenir compte en se préparant mieux aux urgences de santé futures. »

Le Rapport sur les catastrophes dans le monde propose six actions essentielles pour se préparer plus efficacement aux urgences de santé publique futures. Tout le monde compte souligne la nécessité de disposer de données exactes et pertinentes pour la préparation et la riposte aux pandémies. Ces deux rapports sont à la disposition des praticiens, des dirigeants et du public.

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