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Le droit à l’éducation en Haïti et l’avenir des enfants hypothéqués

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Face à la dégradation continue du climat sécuritaire du pays, des écoles ont été contraintes de baisser leurs rideaux. De leurs côtés, des responsables d’organisations socio-professionnelles de l’éducation se mobilisent davantage pour la défense du droit à la vie et du droit à l’éducation. À cet effet, plusieurs réunions ont déjà eu lieu avec la coordination du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. « Actuellement le droit à l’éducation en Haïti n’est pas respecté. Élèves et enseignants sont victimes en pleine salle de classe et sont touchés mortellement par des balles perdues. Pour l’heure, le droit à l’éducation en Haïti est en suspens. Nous sommes en pleine revendication pour le respect de ce droit », a déclaré le professeur Roody Edme.

En effet, au cours des discussions sur la situation sécuritaire dans les écoles, les responsables d’organisations socio-professionnelles comme le Consortium du secteur privé de l’éducation (COSPE), la Commission épiscopale pour l’éducation catholique (CEEC), la Fédération des écoles protestantes d’Haïti (FEFH), l’Association professionnelle des directeurs d’écoles privées, des directeurs d’écoles privées et publiques fortement affectées par les derniers événements, des inspecteurs et des représentants d’une association de psychologues ont tour à tour fait le point sur l’état délétère et très grave du contexte actuel, a fait savoir le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle sur son compte officiel. 

« Ces responsables ont alerté sur la gravité de la situation sécuritaire avec les cas de kidnapping de parents et d’enfants devant les écoles, les tirs incessants, les balles perdues sur les écoles, les élèves, enseignants ou d’autres membres du personnel blessés. Les directeurs d’écoles ont noté particulièrement la difficulté pour l’exercice des apprentissages dans les écoles dans ce contexte de violence aggravée. Mais plus encore, les ressources humaines, surtout les enseignants travaillant dans les écoles qui ne sont plus disponibles, car, fuyant leurs zones vers d’autres régions plus clémentes, quand ce n’est pas le pays tout court. Ces acteurs n’ont pas manqué de souligner également la perte de personnel qualifié en raison de cette violence permanente qui s’aggrave et aussi à cause de ceux qui partent massivement vers les États-Unis, depuis quelques semaines », informe le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle.

D’après le professeur Roody Edme, la situation sécuritaire du pays est plus qu’alarmante. La guerre peut se déclarer n’importe où,  n’importe quand, et personne n’est à l’abri. Les enfants vivent le stress au quotidien tout comme nous les enseignants. Même en salle de classe, les enfants ne sont pas épargnés, c’est inacceptable. Les professeurs sont obligés de jouer également le rôle de psychologue également puisque les enfants ne peuvent pas apprendre dans de telles conditions, a renchéri le sociologue. Parallèlement, il se désole que beaucoup de professeurs aient dû laisser le pays à cause de l’insécurité grandissante. 

De son point de vue, on n’est pas encore prêt pour l’apprentissage en ligne. « L’apprentissage en ligne n’est pas trop rassurant en Haïti à cause du bas niveau des infrastructures. L’internet reste un défi majeur pour plus d’un et pour les apprenants en particulier. On doit penser à un vrai plan national d’éducation afin de permettre à chaque enfant d’avoir accès à l’éducation dans n’importe quelle circonstance. Il nous faut repenser un autre système éducatif », a-t-il expliqué.

Par conséquent, le professeur Edmé invite les membres de tous les secteurs notamment ceux du système éducatif et politique à penser hâtivement à faire des concessions afin que les enfants puissent véritablement reprendre le chemin de l’école sans craindre quotidiennement le danger soit d’être tués ou kidnappés.

En 2024, toujours la meme situation

L’année académique 2023-2024 se déroule en dent de scie. Jusqu’ici, elle suit la même trajectoire que les récentes années académiques au cours desquelles les écoliers ont perdu beaucoup de jours de classe pour les raisons que l’on connait. Dans certaines régions du pays dont les Cayes, Jérémie, Ouanaminthe où la contestation anti-Ariel Henry a été lancée, les portes des écoles sont fermées depuis des semaines. Dans d’autres régions, c’est l’insécurité qui contraint les institutions scolaires à garder portes closes ou à fonctionner de façon aléatoire. Au grand dam des parents, élèves et acteurs du système éducatif. Ces derniers constatent, avec impuissance, la prise en otage du système éducatif par nos faiseurs de crise.

Dans un pays où le niveau des élèves est en chute libre, chaque jour de classe perdu est une catastrophe de trop. C’est une atteinte au droit des enfants à l’éducation. Les jours de classe perdus sont aussi une perte de ressources pour les parents dans la mesure où dans la majorité des cas l’année scolaire est payée au complet qu’il pleuve, qu’il tonne.

Certaines écoles tentent de continuer les cours en ligne quand les bandits ou les acteurs politiques empêchent les élèves d’accéder aux salles de classe. Cette expérience débutée avec la fermeture des classes imposée dans le passée par le coronavirus reste encore un privilège pour les élèves qui ont accès à l’internet, à l’électricité et aux équipements adéquats.

A côté des obstacles à la généralisation des cours en ligne, on ignore s’il y a des études qui ont évalué l’expérience faite pendant le coronavirus en termes de la qualité d’apprentissage des élèves. Évaluer l’apprentissage se révèle important. Surtout dans ce contexte de crise où même en présentiel les élèves ne sont pas toujours capables de se concentrer.

La problématique du fonctionnement des écoles concerne les écoles publiques comme les écoles privées, les écoles classiques comme les universités et les centres de formation professionnelle. C’est tout le système d’apprentissage qui est pris en otage par l’incapacité des autorités à assumer leurs responsabilités et par l’incapacité des acteurs de la société civile et de la classe politique qui aspirent à arriver au pouvoir sans trouver des moyens de lutte qui ne tuent pas l’avenir.

Le gouvernement qui a la responsabilité de garantir le fonctionnement de toutes les institutions du pays ne peut même pas assurer le bon fonctionnement des écoles publiques. On sait que même en temps normal, le fonctionnement des écoles publiques est mis à rude épreuve à cause des grèves des enseignants et d’autres problèmes récurrents.

Dans un pays où des écoles sont contraintes de fermer leurs portes pendant des semaines sans qu’il y ait de catastrophes naturelles, il y a de quoi s’inquiéter. L’inquiétude est encore plus grande quand d’éventuels candidats à des postes politiques continuent d’utiliser la fermeture des classes comme une stratégie de bataille. Pourtant l’objectif devrait être la scolarisation universelle de qualité.

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